Monday, August 29, 2016

Aujourd'hui.

Aïe aïe aïe.
Aujourd'hui j'ai pris la guitare entre mes mains. Elle habite dans le salon, toujours solitaire, à hésiter entre basculer vers la gauche ou vers la droite. Très légèrement. Sa vie palpitante de guitare se résume à être accoudée tantôt à la cheminée (un luxe un peu dangereux pour une guitare) ou au canapé, avec lequel elle se fond un peu... mais son existence de guitare est tristement statique et silencieuse.

Le silence me pèse. Ce silence qui réveille un silence ancien; je suis un bébé dans une pièce nue où nous sommes loin de tout, loin de tous, et loin de nous-mêmes... Il y un ailleurs lointain, qui m'est étranger, mais qui rend l'ici fade et chargé de regrets, et qui ne vit qu'au travers des souvenirs de mes parents et frère et soeurs... Cet ailleurs, je n'y ai pas accès...Je suis étrangère d'une terre qui, elle aussi, m'est étrangère.


Je cherche sur youtube le tutorial d'une chanson: ce sera Silvio Rodriguez.
Cette fois-ci je ne lâcherai pas. Je ne renverrai pas la guitare à son sommeil avant d'avoir pu au moins chanter, même sans arpèges, même avec des brames infâmes complètement indignes d'une guitare, la chanson "Oleo de mujer"...

C'est que, j'en ai la vague sensation, la chanson et la guitare ne sont pas juste chanson et guitare...

J'ai l'impression que ces quelques cordes, bien pincées et entrelacées sont celles qui pourraient retisser tout ce monde perdu...  noyé de lumière, de chants d'oiseaux, de mes grands-parents qui le peupleraient encore, de cette terre amie où mes parents étaient eux-mêmes et respectés... où les fruits se déployaient en une arborescence de couleurs sous le palais.


Je fais sonner la guitare. Je lui saisis le manche avec une telle envie que je lui tords le cou... Naturellement, elle riposte et jacasse en se débattant. Ahhh tu veux fuir! Non non non. Reste ici. Laisse moi-réessayer. J'en ai tant besoin! Le son ne me transporte nulle part. Pas d'évasion. Je suis bien là, avec cette guitare qui, le ventre ouvert, attend. Le duel continue. Je tords mes doigts. J'appuie de toutes mes forces sur le manche avec des positions d’arthritique, et là, je réentends des gens me dire: "ne t'inquiètes pas, tout le monde sait jouer de la guitare, ce n'est même pas un instrument, tu plaques quelques accords, et tu peux t'accompagner". Que ceux qui se reconnaissent aillent se cacher.

J'ai mal aux doigts. Il faut mémoriser les cases, les positions, première douleur. Et puis, j'ai conscience que mes doigts, sous ma peau, sont le prolongement d'un squelette, je me rends compte que j'ai des tendons, aussi. Des choses limitantes en somme...

La vidéo de ma chanson fait 8 minutes 36. Gosh!!. Mais j'ai de la chance. Le professeur parle pendant une minute, minute pendant laquelle il ne joue pas. Après, c'est le déluge: un déluge d'accords. Chaque accord correspond à une petite torture bien particulière.
Quand j'ai de la chance, un accord dure une seconde. En fait une seconde c'est long, ça fait réellement avancer le temps. Si je puis m'exprimer ainsi... Enfin, avec un accord d'une seconde, j'ai l'impression de rentabiliser ma torture... Elle dure un certain temps... je pourrai y caser quelques syllabes... Parce que passé un moment, j'ai vraiment l'impression d'être Noé sous le déluge: il y a deux, voire trois accords par seconde. Et beaucoup, beaucoup de secondes... (autant qu'il en faut pour faire les 7 minutes et 36 secondes restantes de vidéo!!).  Je dois m'armer d'un courage biblique pour ne pas abandonner là l'aventure qui doit me permettre de panser tout ce silence qui a tant pesé.

La guitare attend. Elle m'attend. Elle n'attend que mon courage pour retisser le pont qui me sépare des heures heureuses où Azael, mon grand-père, faisait chanter Aurea, ma grand-mère. Elle est là, elle regorge du bonheur endormi, de cette légèreté où lorsqu'en vacances elle sonnait, mon coeur d'enfant pouvait se déployer. Au sein de ces mélodies où les adultes oubliaient d'être adultes, où tous, dans un même élan, nous entrions dans ce lieu que je n'ai depuis lors, cessé de rechercher. Celui où toute la douleur fond, où tout ce qui pèse s'oublie et où enfin, on s'entend, on s'écoute, on vit, on sourit...

Quelque chose attend. Quelqu'un, quelque chose attend. La guitare? vraiment?

Ou bien... c'est bien moi qui attends si impatiemment qu'une Diana vienne jouer de moi, vienne frotter les cordes et libérer les accords, les images, les danses... Oui, j'ai l'impression d'étouffer du silence, ce même silence qui berçait le parcours des larmes... Assez de cette tare! Assez de cette fidélité au silence qui a fait taire la guitare! Désormais, je serai une symphonie, et de ma guitare sortiront tous les chants qu'on a tus et toutes les danses qu'on a retenues!

p.s. si vous connaissez un bon tutorial youtube pour ce faire, je suis preneuse!

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