ce qui vient
Monday, February 27, 2017
Monday, November 28, 2016
Libia
je plie mon être pour aller le ranger à l'abri. je t'embrasse et je crie, je m'asseois et ris, écrire non avec le clavier mais avec la vie, toute entière, qui aux doigts se pencherait...
que viens tu faire ici, toi que j'aimerais appeler et qui ne vient pas, heheeehheeeeeee creuser creuser pour percer cette étoffe épaisse de réalité. Je n'aime pas l'information, déchirer la toile du réel pour aller dénicher l'intemporel.
J'imagine que je suis la vie de ma tante.
Nous arrivons, comme un navire et son équipage sur les berges de l'existence par une journée de juin 1940, en Colombie.
Camilo, mon neveu est venu... ma tante est belle, si vive et entière. je pourrais faire le pot pourri de ses merveilles. Ma tante elle est belle, mais elle ne l'a pas su.
Ma tante. une femme. colombienne. artiste dans l'âme, qui m'éveille aux merveilles des villes, qui m'emmène et m'élève!
to be continued...
je plie mon être pour aller le ranger à l'abri. je t'embrasse et je crie, je m'asseois et ris, écrire non avec le clavier mais avec la vie, toute entière, qui aux doigts se pencherait...
que viens tu faire ici, toi que j'aimerais appeler et qui ne vient pas, heheeehheeeeeee creuser creuser pour percer cette étoffe épaisse de réalité. Je n'aime pas l'information, déchirer la toile du réel pour aller dénicher l'intemporel.
J'imagine que je suis la vie de ma tante.
Nous arrivons, comme un navire et son équipage sur les berges de l'existence par une journée de juin 1940, en Colombie.
Camilo, mon neveu est venu... ma tante est belle, si vive et entière. je pourrais faire le pot pourri de ses merveilles. Ma tante elle est belle, mais elle ne l'a pas su.
Ma tante. une femme. colombienne. artiste dans l'âme, qui m'éveille aux merveilles des villes, qui m'emmène et m'élève!
to be continued...
Friday, September 2, 2016
Il faut dire ce qui est: il y a un problème.
Ma récente conversation avec Laura, sans en être un révélateur en a été un petit rappel:
"ouais t'as vu, autour de nous les gens achètent des apparts, là c'est la période"...
"ah oui, avant il y avait eu la salve de mariages, maintenant c'est l'accession à la propriété, par grandes vagues... (une longue pause) C'est bizarre, je ne sais pas où elle est passée la vague... moi, elle ne m'a jamais emportée."
C'est vrai. Je suis restée quelque part sur le rivage. J'ai 33 ans. Je ne gagne pas ma vie. Pire. Je fais des boulots alimentaires que je vole aux 16-19 ans. J'ai dans mon vaste patrimoine... mmm... un ordinateur, des habits, deux paires de chaussures, des livres et des disques. Et... ma plus belle acquisition de l'année 2016... une carte de bibliothèque!!. Une lampe. Des sacs. Non. Pas des sacs magnifiques qui ressemblent à des étalages de bonbons!... plutôt des sacs qui font penser... à je ne sais pas quoi, mais surement pas à l'étendard de la gloire. Bref. C'est bizarre, j'ai raté le coche de l'envol auquel je pouvais prétendre au sortir du bac.
Les signes avant-coureurs, je les ai eus à la fac.
Le premier jour, quand nous devions nous présenter, j'étais parmi les premières. J'ai ouvert mon coeur: j'ai partagé ma passion pour la danse, la musique, la peinture...
Vint le tour des camarades. L'un d'entre eux, lors de sa présentation avait piqué ma curiosité "I'm really looking forward to getting into the "magic circle" - Je m'étais demandé: "magic circle"?... est-ce que ça serait une autre appellation du Cercle polaire? ou bien quelque chose comme la "Communauté de l'anneau"? "la Guilde"?... vous me pardonnerez... c'était l'année de la sortie au cinéma du Seigneur des anneaux...
Quand je découvrais que cela désignait 5 cabinets d'avocats londoniens qui se prenaient pour l'élite (et que nous étions tous censés convoiter) j'ai remercié la terre entière de ne pas avoir cherché à élucider la question auprès de mes voisins...
Et puis, lorsque tout le monde se fut présenté, j'eus comme l'étrange sensation que ma présence là était une monumentale erreur de casting.
D'autres signes ont suivi: Un jour, par je ne sais par quel subterfuge, tous les étudiants se sont mis à venir dans l'amphithéâtre en costume et en tailleur avec des talons, et ce, dès la première année. J'étais désorientée. Est-ce que je n'avais pas lu une consigne postée dans la salle des étudiants? Avais-je laissé filer un mail qui donnait le nouveau code vestimentaire? J'ai compris par la suite que mes camarades allaient, en parallèle des cours, faire des stages dans des cabinets d'avocat, idée qui ne m'était pas un seul instant passée par la tête. Je devais l'avoir mise ailleurs.
Un jour, je demandais ses cours à une camarade. Elle voulu bien me les passer mais m'avertit avec une sorte de reproche préventif: "je te les file, mais t'as pas intérêt à les filer à qui que ce soit!"... mmm... je ne savais pas comment faire: j'accepte le cours, et par la même occasion, j'accepte de me faire menacer? ou je la remercie de sa bonne intention et ne prends pas le cours?. Je crois que la nécessité me fit souffrir la menace que, par principe, je m'empressais de transgresser.
Et puis des sigles, des sons commencèrent à flotter dans mon entourage: CRFPA, IEJ, CAPA... Je les tolérais longtemps dans l'atmosphère auditive qui m'entourait, mais toujours à l'état d'ornement musical... Et puis quand, par un hasard total je découvrais le sens du sigle, c'était pour découvrir qu'il était trop tard pour s'inscrire à l'Institut d'Etudes Judiciaires.
C'est donc en off-beat, absolument à contre-temps et à contre-courant que je finissais mon cursus de droit et que je me retrouvais à mon premier entretien d'embauche pour un stage dans un grand cabinet d'avocats (j'avais à ce stade cédé à la mode du stage).
- "Et elle est où l'expérience en arbitrage?" me demanda t-on sur un ton réprobateur...
(ah, là je comprenais qu'il fallait que je me sente coupable d'être partie en vacances pendant les étés passés...mmm comment justifier cet écueil? J'essayais de trouver mais rien ne venait...)
- "bah, y en a pas!".
Mon interlocutrice fut désarmée par ma réponse, moi aussi d'ailleurs. Elle était censée comprendre: "mais vous avez mon cv dans les mains, vous voyez bien qu'il n'y en a pas. Qu'est-ce que vous racontez?" Je fus embauchée.
Mes collègues de fac, lorsque je les croisais par hasard n'en revenaient pas. Je crois qu'ils étaient plus conscients que moi de la monumentale erreur de casting qui se poursuivait.
Les expériences se suivirent.
Je travaillais dans des cabinets. J'y trouvais une drôle de place. Mais une place. Je sentais qu'avec mes collègues, nous n'étions pas tenus par les mêmes fils. Je veux dire par là que, si nous avions été des marionnettes, les marionnettistes qui nous actionnaient n'étaient pas les mêmes: Il y en avait un, très doué, magnifiquement efficace, expérimenté et plein d'assurance qui actionnait avec virtuosité les autres. Et moi, mon marionnettiste, je crois qu'il était débutant.
Je sentais bien que quand j'arrivais à un rendez-vous professionnel complètement essoufflée et en courant, ce n'était pas ce qu'il fallait faire. Je sentais bien que l'autre marionnettiste glissait aux autres une bonne excuse et la leur faisait sortir avec assurance. Quand je me précipitais pour aider un collègue des services généraux à porter des cartons, je sentais bien que mon marionnettiste n'avait rien compris. Que l'autre marionnettiste lui, aurait su y faire: il aurait fait en sorte que je sois très absorbée par mon écran d'ordinateur pour ne pas remarquer le collègue en difficulté. Je voyais bien que quand je disais: "je ne sais pas", ahhh encore une fois, c'était une grossière erreur de ce foutu marionnettiste qui en plus d'être maladroit, ne calculait rien. L'autre, il savait: enfin, il ne savait pas, mais il avait dans son sac tout plein de contorsions qu'il envoyait à la figure de son interlocuteur et qui lui permettaient de faire oublier qu'il ne savait pas.
Et puis j'ai quitté le droit. J'ai sauté du train. Ce fut le début de la fin. Enfin d'une certaine fin. Je croyais que ce serait un grand nouveau début. Mais les signes qui vinrent rapidement me firent comprendre que même, hors du train, mon marionnettiste restait structurellement inexpérimenté et qu'il n'allait pas changer. Il y avait le théâtre. La danse. Le restaurant végétarien, les baby-sittings, et toujours mon marionnettiste à côté de la plaque. Mais la fin d'un certain début se fit bientôt sentir, ou l'orée d'un vrai début arriva de manière inattendue.
Par le nez. Un nez de clown.
Le premier jour que j'en chaussais un, une révélation se fit dans tout mon être. Pour une fois, j'étais douée. J'avais tout. C'est comme si j'étais experte sans avoir jamais fait d'école. Comme si on avait retourné le monde et tout à coup, il était dans mon sens. L'art du clown était, comment dire, une sorte de conférence mondiale des marionnettistes inadaptés. Ils s'étaient donné rendez-vous là et démontraient tour à tour, par des manipulations et des démonstrations savantes de maladresse à quel point on pouvait raffiner l'art de ne pas savoir s'y prendre. Le plus inadapté devenait le maître, et entraînait tous les autres dans les contre-performances les plus fulgurantes. J'y arrivais très bien. J'étais très forte.
J'ai trouvé une sorte de paix. J'avais trouvé ma place dans le monde, mais gardais tout de même une touche d'amertume: même si ça faisait du bien d'avoir trouvé son domaine, tout de même, que ce domaine soit celui de l'anti-excellence par excellence me posait problème. C'est vrai, quoi, à la fin. Quand même.
Et puis une réponse m'est venue directement du clown. De cet être qui s'empare de vous quand vous vous y attendez le moins, et qui, avec son irrévérence absolue et son indélicatesse, ne connaît que la vérité, et ne sait exister qu'à travers elle.
Il se plaignait d'être "une grosse limace", injure qui me surprît, car jamais je ne l'emploie... et qui plus est, que je n'entends plus depuis au moins vingt-cinq ans. Lorsque nous investiguions ce qu'il entendait par là, il se plaignait: "mais moi je m'agite, je fais des choses, mais ça ne sert à rien, ça ne marche jamais dans le monde des adultes". Nous creusions. "Et c'est quoi le monde des adultes?". Le clown de répondre: "C'est là où ils font semblant. Ils font comme s'ils étaient importants mais ils ne sont pas importants, c'est le contraire." Et le clown de continuer à pester contre les faux-semblants, les coquilles vides, les rictus inhabités... A tout ce qui ne dépassait pas, à tout ce qui rentrait dans les rangs, qui ne vibrait pas, qui suivait une mécanique huilée, il faisait un procès. J'étais bouleversée. Pas étonnant. En plus d'être actionnée par un marionnettiste complètement incompétent, j'avais une espèce de survolté qui prenait ses quartiers je ne savais trop où en moi, et qui était intégralement remonté contre le monde des adultes, monde dans lequel, que je le veuille ou non, mon âge me plaçait.
Le diagnostic.
Je suis donc accompagnée d'un gros inadapté (mon marionnettiste) et d'un petit survolté (mon clown).
Les options:
sois je continue, telle quelle, à me mouvoir dans le monde, tel quel.
Dans cette éventualité:
- il y a soit rencontre des deux éléments (moi et le monde) avec sur-réaction de mes compagnons, résultant en une inadaptitude totale et une révolte intérieure douloureuse.
- soit non-rencontre des deux éléments (coexistence lointaine entre moi et le monde): mon marionnettiste joue dans son coin. Sans référentiel, il est content, et mon clown reste tranquille. Il en résulte que: je suis un papillon joyeux et à côté de la plaque qui reste complètement inadapté - c'est la situation actuelle.
soit quelque chose change:
- moi par exemple. (j'imite les adultes - ça va, je sais faire.) mais là, les deux autres s'éteignent, et bien que cela puisse sembler la solution idéale (enfin débarrassée!!! yeah!!) et bien non, ce n'est pas une option car aussitôt qu'ils s'éteignent, je m'éteins. Et là, c'est la dépression qui vient. Cela me pousse à préciser une donnée: mon destin est inextricablement lié au destin des deux boulets. Super. (ils doivent rester contents pour que moi aussi je le sois.)
- le monde. Alors ça, ça a déjà été tenté. Ça l'est encore, c'est en cours. Sauf que même mon clown a cessé d'avoir cette prétention. Donc non.
Option 3 (et solution):
Je laisse les deux autres s'en donner à coeur joie, en faire des leur, mais je leur trace un petit monde rien qu'à eux. Je leur parle, je joue avec eux, et je les laisse prendre une vraie place, bien assumée dans l'existence. Le reste du temps, je les accompagne dans le monde des adultes, avec mon adulte en carton, qui peut faire l'interface. Non non, je ne fais pas appel à l'autre marionnettiste, lui-même ne voudrait pas de moi.... Je tiens juste les deux autres occupés: (comme en ce moment où le petit clown et le marionnettiste-loser sont contents que j'écrive et resteront bercés par cette joie même après que j'ai posé mon clavier. J'aurai ainsi un peu de répit pour faire ce qui doit être fait!)
Tous aux abris: je débarque et je prends la vague!!!
Ma récente conversation avec Laura, sans en être un révélateur en a été un petit rappel:
"ouais t'as vu, autour de nous les gens achètent des apparts, là c'est la période"...
"ah oui, avant il y avait eu la salve de mariages, maintenant c'est l'accession à la propriété, par grandes vagues... (une longue pause) C'est bizarre, je ne sais pas où elle est passée la vague... moi, elle ne m'a jamais emportée."
C'est vrai. Je suis restée quelque part sur le rivage. J'ai 33 ans. Je ne gagne pas ma vie. Pire. Je fais des boulots alimentaires que je vole aux 16-19 ans. J'ai dans mon vaste patrimoine... mmm... un ordinateur, des habits, deux paires de chaussures, des livres et des disques. Et... ma plus belle acquisition de l'année 2016... une carte de bibliothèque!!. Une lampe. Des sacs. Non. Pas des sacs magnifiques qui ressemblent à des étalages de bonbons!... plutôt des sacs qui font penser... à je ne sais pas quoi, mais surement pas à l'étendard de la gloire. Bref. C'est bizarre, j'ai raté le coche de l'envol auquel je pouvais prétendre au sortir du bac.
Les signes avant-coureurs, je les ai eus à la fac.
Le premier jour, quand nous devions nous présenter, j'étais parmi les premières. J'ai ouvert mon coeur: j'ai partagé ma passion pour la danse, la musique, la peinture...
Vint le tour des camarades. L'un d'entre eux, lors de sa présentation avait piqué ma curiosité "I'm really looking forward to getting into the "magic circle" - Je m'étais demandé: "magic circle"?... est-ce que ça serait une autre appellation du Cercle polaire? ou bien quelque chose comme la "Communauté de l'anneau"? "la Guilde"?... vous me pardonnerez... c'était l'année de la sortie au cinéma du Seigneur des anneaux...
Quand je découvrais que cela désignait 5 cabinets d'avocats londoniens qui se prenaient pour l'élite (et que nous étions tous censés convoiter) j'ai remercié la terre entière de ne pas avoir cherché à élucider la question auprès de mes voisins...
Et puis, lorsque tout le monde se fut présenté, j'eus comme l'étrange sensation que ma présence là était une monumentale erreur de casting.
D'autres signes ont suivi: Un jour, par je ne sais par quel subterfuge, tous les étudiants se sont mis à venir dans l'amphithéâtre en costume et en tailleur avec des talons, et ce, dès la première année. J'étais désorientée. Est-ce que je n'avais pas lu une consigne postée dans la salle des étudiants? Avais-je laissé filer un mail qui donnait le nouveau code vestimentaire? J'ai compris par la suite que mes camarades allaient, en parallèle des cours, faire des stages dans des cabinets d'avocat, idée qui ne m'était pas un seul instant passée par la tête. Je devais l'avoir mise ailleurs.
Un jour, je demandais ses cours à une camarade. Elle voulu bien me les passer mais m'avertit avec une sorte de reproche préventif: "je te les file, mais t'as pas intérêt à les filer à qui que ce soit!"... mmm... je ne savais pas comment faire: j'accepte le cours, et par la même occasion, j'accepte de me faire menacer? ou je la remercie de sa bonne intention et ne prends pas le cours?. Je crois que la nécessité me fit souffrir la menace que, par principe, je m'empressais de transgresser.
Et puis des sigles, des sons commencèrent à flotter dans mon entourage: CRFPA, IEJ, CAPA... Je les tolérais longtemps dans l'atmosphère auditive qui m'entourait, mais toujours à l'état d'ornement musical... Et puis quand, par un hasard total je découvrais le sens du sigle, c'était pour découvrir qu'il était trop tard pour s'inscrire à l'Institut d'Etudes Judiciaires.
C'est donc en off-beat, absolument à contre-temps et à contre-courant que je finissais mon cursus de droit et que je me retrouvais à mon premier entretien d'embauche pour un stage dans un grand cabinet d'avocats (j'avais à ce stade cédé à la mode du stage).
- "Et elle est où l'expérience en arbitrage?" me demanda t-on sur un ton réprobateur...
(ah, là je comprenais qu'il fallait que je me sente coupable d'être partie en vacances pendant les étés passés...mmm comment justifier cet écueil? J'essayais de trouver mais rien ne venait...)
- "bah, y en a pas!".
Mon interlocutrice fut désarmée par ma réponse, moi aussi d'ailleurs. Elle était censée comprendre: "mais vous avez mon cv dans les mains, vous voyez bien qu'il n'y en a pas. Qu'est-ce que vous racontez?" Je fus embauchée.
Mes collègues de fac, lorsque je les croisais par hasard n'en revenaient pas. Je crois qu'ils étaient plus conscients que moi de la monumentale erreur de casting qui se poursuivait.
Les expériences se suivirent.
Je travaillais dans des cabinets. J'y trouvais une drôle de place. Mais une place. Je sentais qu'avec mes collègues, nous n'étions pas tenus par les mêmes fils. Je veux dire par là que, si nous avions été des marionnettes, les marionnettistes qui nous actionnaient n'étaient pas les mêmes: Il y en avait un, très doué, magnifiquement efficace, expérimenté et plein d'assurance qui actionnait avec virtuosité les autres. Et moi, mon marionnettiste, je crois qu'il était débutant.
Je sentais bien que quand j'arrivais à un rendez-vous professionnel complètement essoufflée et en courant, ce n'était pas ce qu'il fallait faire. Je sentais bien que l'autre marionnettiste glissait aux autres une bonne excuse et la leur faisait sortir avec assurance. Quand je me précipitais pour aider un collègue des services généraux à porter des cartons, je sentais bien que mon marionnettiste n'avait rien compris. Que l'autre marionnettiste lui, aurait su y faire: il aurait fait en sorte que je sois très absorbée par mon écran d'ordinateur pour ne pas remarquer le collègue en difficulté. Je voyais bien que quand je disais: "je ne sais pas", ahhh encore une fois, c'était une grossière erreur de ce foutu marionnettiste qui en plus d'être maladroit, ne calculait rien. L'autre, il savait: enfin, il ne savait pas, mais il avait dans son sac tout plein de contorsions qu'il envoyait à la figure de son interlocuteur et qui lui permettaient de faire oublier qu'il ne savait pas.
Et puis j'ai quitté le droit. J'ai sauté du train. Ce fut le début de la fin. Enfin d'une certaine fin. Je croyais que ce serait un grand nouveau début. Mais les signes qui vinrent rapidement me firent comprendre que même, hors du train, mon marionnettiste restait structurellement inexpérimenté et qu'il n'allait pas changer. Il y avait le théâtre. La danse. Le restaurant végétarien, les baby-sittings, et toujours mon marionnettiste à côté de la plaque. Mais la fin d'un certain début se fit bientôt sentir, ou l'orée d'un vrai début arriva de manière inattendue.
Par le nez. Un nez de clown.
Le premier jour que j'en chaussais un, une révélation se fit dans tout mon être. Pour une fois, j'étais douée. J'avais tout. C'est comme si j'étais experte sans avoir jamais fait d'école. Comme si on avait retourné le monde et tout à coup, il était dans mon sens. L'art du clown était, comment dire, une sorte de conférence mondiale des marionnettistes inadaptés. Ils s'étaient donné rendez-vous là et démontraient tour à tour, par des manipulations et des démonstrations savantes de maladresse à quel point on pouvait raffiner l'art de ne pas savoir s'y prendre. Le plus inadapté devenait le maître, et entraînait tous les autres dans les contre-performances les plus fulgurantes. J'y arrivais très bien. J'étais très forte.
J'ai trouvé une sorte de paix. J'avais trouvé ma place dans le monde, mais gardais tout de même une touche d'amertume: même si ça faisait du bien d'avoir trouvé son domaine, tout de même, que ce domaine soit celui de l'anti-excellence par excellence me posait problème. C'est vrai, quoi, à la fin. Quand même.
Et puis une réponse m'est venue directement du clown. De cet être qui s'empare de vous quand vous vous y attendez le moins, et qui, avec son irrévérence absolue et son indélicatesse, ne connaît que la vérité, et ne sait exister qu'à travers elle.
Il se plaignait d'être "une grosse limace", injure qui me surprît, car jamais je ne l'emploie... et qui plus est, que je n'entends plus depuis au moins vingt-cinq ans. Lorsque nous investiguions ce qu'il entendait par là, il se plaignait: "mais moi je m'agite, je fais des choses, mais ça ne sert à rien, ça ne marche jamais dans le monde des adultes". Nous creusions. "Et c'est quoi le monde des adultes?". Le clown de répondre: "C'est là où ils font semblant. Ils font comme s'ils étaient importants mais ils ne sont pas importants, c'est le contraire." Et le clown de continuer à pester contre les faux-semblants, les coquilles vides, les rictus inhabités... A tout ce qui ne dépassait pas, à tout ce qui rentrait dans les rangs, qui ne vibrait pas, qui suivait une mécanique huilée, il faisait un procès. J'étais bouleversée. Pas étonnant. En plus d'être actionnée par un marionnettiste complètement incompétent, j'avais une espèce de survolté qui prenait ses quartiers je ne savais trop où en moi, et qui était intégralement remonté contre le monde des adultes, monde dans lequel, que je le veuille ou non, mon âge me plaçait.
Le diagnostic.
Je suis donc accompagnée d'un gros inadapté (mon marionnettiste) et d'un petit survolté (mon clown).
Les options:
sois je continue, telle quelle, à me mouvoir dans le monde, tel quel.
Dans cette éventualité:
- il y a soit rencontre des deux éléments (moi et le monde) avec sur-réaction de mes compagnons, résultant en une inadaptitude totale et une révolte intérieure douloureuse.
- soit non-rencontre des deux éléments (coexistence lointaine entre moi et le monde): mon marionnettiste joue dans son coin. Sans référentiel, il est content, et mon clown reste tranquille. Il en résulte que: je suis un papillon joyeux et à côté de la plaque qui reste complètement inadapté - c'est la situation actuelle.
soit quelque chose change:
- moi par exemple. (j'imite les adultes - ça va, je sais faire.) mais là, les deux autres s'éteignent, et bien que cela puisse sembler la solution idéale (enfin débarrassée!!! yeah!!) et bien non, ce n'est pas une option car aussitôt qu'ils s'éteignent, je m'éteins. Et là, c'est la dépression qui vient. Cela me pousse à préciser une donnée: mon destin est inextricablement lié au destin des deux boulets. Super. (ils doivent rester contents pour que moi aussi je le sois.)
- le monde. Alors ça, ça a déjà été tenté. Ça l'est encore, c'est en cours. Sauf que même mon clown a cessé d'avoir cette prétention. Donc non.
Option 3 (et solution):
Je laisse les deux autres s'en donner à coeur joie, en faire des leur, mais je leur trace un petit monde rien qu'à eux. Je leur parle, je joue avec eux, et je les laisse prendre une vraie place, bien assumée dans l'existence. Le reste du temps, je les accompagne dans le monde des adultes, avec mon adulte en carton, qui peut faire l'interface. Non non, je ne fais pas appel à l'autre marionnettiste, lui-même ne voudrait pas de moi.... Je tiens juste les deux autres occupés: (comme en ce moment où le petit clown et le marionnettiste-loser sont contents que j'écrive et resteront bercés par cette joie même après que j'ai posé mon clavier. J'aurai ainsi un peu de répit pour faire ce qui doit être fait!)
Tous aux abris: je débarque et je prends la vague!!!
Thursday, September 1, 2016
Dans ma maison, depuis toujours,
la baignoire a été remplie de bougies. Depuis toujours, ma mère, « mi
mamita » en allume une chaque jour, pour chacun de ses enfants, et depuis
qu’ils ont fait leur entrée dans la vie, pour chacun de ses petits-enfants.
A la maison, lorsqu’on voulait prendre une
douche, avant de pouvoir faire quoi que ce soit, il fallait s’armer d’un
couteau ou d’un racloir, ou d’une spatule et gratter la couche de cire qui
jonchait le fond de la baignoire. Il fallait aussi faire attention à ce que les
bouts de cire ne partent pas dans le conduit et ne le bouchent pas. C’était
peu pratique à tous points de vue.
Mais contre toute attente, cela
s’avérait pratique lorsqu’on perdait quelque chose, quoi que ce fut, dans la
maison… Car à côté des bougies, posée sur le rebord de
la baignoire, il y avait toujours une statuette de saint Antoine, ou de San
Antonio. Pour le présenter, Saint Antoine est celui qui « recobra las
cosas perdidas », c’est celui qui retrouve les objets perdus. C'est là, je m'en excuse, la seule description que j'aie de lui.
A la maison, à peu près tous les
jours donc, on se retrouvait, pas tant par dévotion que par la force des
choses
perdues, à prier Saint Antoine qui, généralement, était d’une efficacité
redoutable. C’est vrai qu’il s’acquittait dignement de sa tâche et qu’à
peu
près tout ce qu’on lui demandait de retrouver, il le retrouvait. Mais il
faut
dire que sur le tas de miracles à accomplir, on lui laissait souvent une
sorte
d’avance … Je veux dire qu’on le priait aussi pour des choses que,
bon gré mal gré, on ne pouvait pas se permettre de ne pas retrouver,
comme les
clés de la maison juste avant de partir à l’école… Comme dans ces cas,
on
n’avait pas manqué d’avoir recours à son aide miraculeuse, il remportait
toujours le crédit de toutes les trouvailles. Ces requêtes qu’on lui
adressait et
qui ne mettaient pas vraiment en danger sa miraculosité lui permettaient
d’avoir
la cote et de rester, contre vents et marées, le premier au top 10 des
saints les plus
saints et les plus vénérés.
Mais le problème survenait quand
on perdait San Antonio. La perte de la statuette entraînait une réaction
en
chaîne à rebours. Car avant de se mettre à rechercher l’objet perdu
(c’était, chez nous,
la situation par défaut) il fallait remonter à la source et retrouver
San Antonio.
Or, privés de sa statue et de son aide, l’opération, normalement
agaçante
menaçait de se transformer en entreprise carrément désespérante, et
au-delà de l’inconfort
qui s’annonçait d’une durée
potentiellement infinie, un autre problème surgissait : si l'on
retrouvait le
saint, un énorme doute nous assaillait quant à la paternité du miracle :
pouvait-on attribuer le miracle à San Antonio, alors que ce dernier
s’était, par sa disparition, soustrait à l’opération de recherche? ; ou
devait-on,
eu égard aux circonstances, accepter d’être l’auteur de la trouvaille ?
L’ouverture
de ces questions troublant la paix de la maison, on avait préféré avoir
plusieurs statuettes de San Antonio, afin de pouvoir affirmer en toute
sérénité, que si on l’avait retrouvé cette fois-là, c’était bien grâce à
lui, et
ce par l’intermédiaire de sa statuette de secours.
La vie a suivi son
cours. J’ai, à
force de bougies consumées, de San Antonios et d’Espiritu Santos
invoqués
réussi à me tirer des situations les plus désespérées. Je dois notamment
à leur
action conjointe, la réussite à toute une série d'examens qui, vu mon
manque d'intérêt et d'amour pour les matières en question - relève
véritablement du miracle; ou la survie
dans des environnements qui m’étaient en tous points hostiles, pour ne
pas dire
qu’ils compromettaient littéralement ma survie… J’ai quitté la maison,
et j’ai
pu alors, comme opération préliminaire à la prise d’une douche ou d’un
bain,
n’avoir, dans le pire des cas, qu’à nettoyer la crasse recouvrant la
baignoire
ou la douche, cas qui s'est avéré en fait être la norme.
Et puis, il y a deux semaines, mi
mamita est entrée à l’hôpital. Nous avions bien vu, depuis plusieurs mois que
chaque pas lui arrachait une grimace de douleur qu’elle essayait de déguiser en
sourire ; nous avions bien remarqué qu’elle ne nous racontait plus, dans
les plus menus détails, le récit de sa randonnée matinale le long de la plage,
mais nous n’avions pas mesuré le degré de sa fatigue, ni de la souffrance que lui causait chacun de ses pas,
rendus encore plus douloureux par le fait qu’elle n’avait aucun espoir de
retrouver un jour la fluidité de sa marche, ni de l’isolement dans lequel cela
l’avait plongée…
Elle nous appela chacun un soir
pour nous dire qu’elle venait d’entrer à l’hôpital, qu’elle serait opérée le
lendemain matin sous anesthésie générale. Elle avait essayé de me prévenir plus
tôt mais j’étais systématiquement injoignable, trop occupée par des répétitions
qui prenaient tout mon temps.
L’opération eut lieu. Ce matin-là, toutes les
fondations de mon être tanguèrent. J’ai alors pensé à la baignoire, à la
baignoire qui depuis son départ à l’hôpital, ne renvoyait plus sa lueur qui
réchauffe toute la maison. Ses pensées, qui nous ont permis
à mes frères et moi de suivre notre chemin ne scintillaient plus dans leur petite
marée de feu. Ces pensées étaient, ce matin-là, ensevelies sous plusieurs
couches d’anesthésie.
Quand le froid des bougies
éteintes m’atteignit, et me parcourut, je réalisai soudain à quel point celle que je suis, avec
ses joies, son bonheur d’aimer et son envie d’être avait puisé sa force dans cette
intarissable source de lumière qu’est ma mère, mamita.
Tuesday, August 30, 2016
Le frustré de la thèse
Vous pensiez que vous pensiez ? Que nenni ! Détrompez-vous.
Ne confondez pas votre capacité à relier un phonème à une chose,
voire à plusieurs, avec l’activité
de « penser ». En effet, vous
n'êtes qu'au stade pré-embryonnaire qu’ont traversé, dans leur
préhistoire, tous ceux
qui pensent, (i.e. ceux qui ont fait une thèse) et en toutes
circonstances, le frustré de la thèse est là pour vous le rappeler.
Lorsqu'il se rend à un dîner en ville, le frustré de la thèse va, dès
son arrivée, faire le recensement des présents (ceux qui ont une thèse)
et des absents (ceux qui n'en ont pas) groupe dont, paradoxalement, il
fait souvent partie.
Vous avez une
thèse? Bravo! Vous existez.
Votre profil et votre silhouette, qui jusqu’alors se
fondaient avec le papier-peint
se détachent soudain de l'arrière-plan. Vous devenez visible. Autre
surprise : vous devenez audible. Tout à coup, le frustré de la thèse
répond à ce que vous étiez en train de dire.
Vous n'avez pas de thèse? Tout n'est pas perdu. On a déjà connu des cas
de rédemption. Une des méthodes ayant fait ses preuves: soyez en cours
de rédaction de thèse, ou même, en cours d'élaboration de projet de
thèse, ou en recherche de financements pour entreprendre votre thèse.
Mais assurez-vous de rendre tangible l'existence de cette dernière, afin
de pouvoir être considéré comme un vertébré non végétatif (i.e. doué de
pensée) par le frustré de la thèse.
Vous avez abandonné votre thèse en cours de rédaction? Transformez cet
écueil en atout. Accusez votre directeur de thèse d'en être le
responsable,
plaignez-vous de lui par tous les moyens. Faites état de sa rigidité
d'esprit, de sa décrépitude et de son absence de qualités humaines. Cela
aura la vertu de vous faire passer pour un martyr du système
universitaire, un iconoclaste, un rénovateur incompris de la discipline.
Quels que soient les inconvénients évidents d'une telle pratique, cela
vous permettra de faire savoir à tous qu'un jour, vous écriviez
cette
thèse.
Vous avez une thèse en informatique? Aïe. La thèse en informatique laisse perplexe. Il n’y a pas
grand-chose à en dire. Vous pensez certes, mais ne vous avisez pas de le
prouver ! Elle fait exister, mais à l’état de latence. On ne peut pas vous
exclure. Vous avez une thèse en informatique. Mais on ne
peut pas non plus vous inclure : vous avez une thèse en informatique.
La thèse en informatique sème une sorte de
trouble. Faut-il l’avouer, elle bouscule les esprits. Comment
interagir avec le docteur en informatique ? le versant positif de ce
phénomène étant qu’elle induit une certaine forme de curiosité, d’écoute
et
même de concentration (qualités que le frustré de la thèse usera avec
parcimonie, et même pas du tout si son interlocuteur n'est pas Docteur) Que va-t-il
dire ? Comment le dira –t-il ? Le détenteur d’une thèse en
informatique peut parler. On verra si on lui répond.
Quelle que soit votre état de thèsitude, voici quelques pistes pour
aborder, avec subtilité, le sujet le plus captivant qui puisse être:
votre thèse.
On pourrait mentionner dans cette catégorie la donnée du
nombre d’exemplaires que vous avez/ ou planifiez d'imprimer. Mais on lui préfèrera celle du
coût d’impression de chaque exemplaire (en effet, les variations de prix étant infinies,
vous pourrez en discourir à l’infini. N’oubliez pas de multiplier votre
discours par le nombre d’exemplaires (de votre thèse). Notez qu'un supplément agrafe, trombone et post-it est toujours le bienvenu.
Vous pouvez aussi interpeller avec désinvolture l'un des convives, et
lui lancer de cette façon espiègle: « es-tu dans ma
bibliographie ? ». L'effet d'annonce est presque garanti. De plus, vous
connaîtrez l'avantage de créer une affinité qui ne se démentira pas et
que vous pourrez multiplier. Vous pourrez ainsi élargir et enrichir vos
relations sociales, amoureuses,
amicales, familiales. Le signe le plus expansif de complicité,
d'affection et d'amitié étant: "ah!!! tu es dans ma bibliographie!!
;o)".
Et si vous n'avez rien à voir avec la moindre thèse, ne vous affligez
pas. Vous ne pourrez pas interagir dignement avec le frustré de la
thèse, certes. Mais il vous restera le reste de l'humanité, avec lequel
vous pourrez aborder tous les sujets du monde (à commencer par ceux
dignes de la rédaction d'une thèse) sans que le flot de vos pensées (si,
si, rassurez-vous, vous en avez) ne soit obstrué par le format, l'UFR,
le directeur de thèse pervers et les agrafes indispensables à son
traitement.
Monday, August 29, 2016
Aujourd'hui.
Aïe aïe aïe.
Aujourd'hui j'ai pris la guitare entre mes mains. Elle habite dans le salon, toujours solitaire, à hésiter entre basculer vers la gauche ou vers la droite. Très légèrement. Sa vie palpitante de guitare se résume à être accoudée tantôt à la cheminée (un luxe un peu dangereux pour une guitare) ou au canapé, avec lequel elle se fond un peu... mais son existence de guitare est tristement statique et silencieuse.
Le silence me pèse. Ce silence qui réveille un silence ancien; je suis un bébé dans une pièce nue où nous sommes loin de tout, loin de tous, et loin de nous-mêmes... Il y un ailleurs lointain, qui m'est étranger, mais qui rend l'ici fade et chargé de regrets, et qui ne vit qu'au travers des souvenirs de mes parents et frère et soeurs... Cet ailleurs, je n'y ai pas accès...Je suis étrangère d'une terre qui, elle aussi, m'est étrangère.
Je cherche sur youtube le tutorial d'une chanson: ce sera Silvio Rodriguez.
Cette fois-ci je ne lâcherai pas. Je ne renverrai pas la guitare à son sommeil avant d'avoir pu au moins chanter, même sans arpèges, même avec des brames infâmes complètement indignes d'une guitare, la chanson "Oleo de mujer"...
C'est que, j'en ai la vague sensation, la chanson et la guitare ne sont pas juste chanson et guitare...
J'ai l'impression que ces quelques cordes, bien pincées et entrelacées sont celles qui pourraient retisser tout ce monde perdu... noyé de lumière, de chants d'oiseaux, de mes grands-parents qui le peupleraient encore, de cette terre amie où mes parents étaient eux-mêmes et respectés... où les fruits se déployaient en une arborescence de couleurs sous le palais.
Je fais sonner la guitare. Je lui saisis le manche avec une telle envie que je lui tords le cou... Naturellement, elle riposte et jacasse en se débattant. Ahhh tu veux fuir! Non non non. Reste ici. Laisse moi-réessayer. J'en ai tant besoin! Le son ne me transporte nulle part. Pas d'évasion. Je suis bien là, avec cette guitare qui, le ventre ouvert, attend. Le duel continue. Je tords mes doigts. J'appuie de toutes mes forces sur le manche avec des positions d’arthritique, et là, je réentends des gens me dire: "ne t'inquiètes pas, tout le monde sait jouer de la guitare, ce n'est même pas un instrument, tu plaques quelques accords, et tu peux t'accompagner". Que ceux qui se reconnaissent aillent se cacher.
J'ai mal aux doigts. Il faut mémoriser les cases, les positions, première douleur. Et puis, j'ai conscience que mes doigts, sous ma peau, sont le prolongement d'un squelette, je me rends compte que j'ai des tendons, aussi. Des choses limitantes en somme...
La vidéo de ma chanson fait 8 minutes 36. Gosh!!. Mais j'ai de la chance. Le professeur parle pendant une minute, minute pendant laquelle il ne joue pas. Après, c'est le déluge: un déluge d'accords. Chaque accord correspond à une petite torture bien particulière.
Quand j'ai de la chance, un accord dure une seconde. En fait une seconde c'est long, ça fait réellement avancer le temps. Si je puis m'exprimer ainsi... Enfin, avec un accord d'une seconde, j'ai l'impression de rentabiliser ma torture... Elle dure un certain temps... je pourrai y caser quelques syllabes... Parce que passé un moment, j'ai vraiment l'impression d'être Noé sous le déluge: il y a deux, voire trois accords par seconde. Et beaucoup, beaucoup de secondes... (autant qu'il en faut pour faire les 7 minutes et 36 secondes restantes de vidéo!!). Je dois m'armer d'un courage biblique pour ne pas abandonner là l'aventure qui doit me permettre de panser tout ce silence qui a tant pesé.
La guitare attend. Elle m'attend. Elle n'attend que mon courage pour retisser le pont qui me sépare des heures heureuses où Azael, mon grand-père, faisait chanter Aurea, ma grand-mère. Elle est là, elle regorge du bonheur endormi, de cette légèreté où lorsqu'en vacances elle sonnait, mon coeur d'enfant pouvait se déployer. Au sein de ces mélodies où les adultes oubliaient d'être adultes, où tous, dans un même élan, nous entrions dans ce lieu que je n'ai depuis lors, cessé de rechercher. Celui où toute la douleur fond, où tout ce qui pèse s'oublie et où enfin, on s'entend, on s'écoute, on vit, on sourit...
Quelque chose attend. Quelqu'un, quelque chose attend. La guitare? vraiment?
Ou bien... c'est bien moi qui attends si impatiemment qu'une Diana vienne jouer de moi, vienne frotter les cordes et libérer les accords, les images, les danses... Oui, j'ai l'impression d'étouffer du silence, ce même silence qui berçait le parcours des larmes... Assez de cette tare! Assez de cette fidélité au silence qui a fait taire la guitare! Désormais, je serai une symphonie, et de ma guitare sortiront tous les chants qu'on a tus et toutes les danses qu'on a retenues!
p.s. si vous connaissez un bon tutorial youtube pour ce faire, je suis preneuse!
Aïe aïe aïe.
Aujourd'hui j'ai pris la guitare entre mes mains. Elle habite dans le salon, toujours solitaire, à hésiter entre basculer vers la gauche ou vers la droite. Très légèrement. Sa vie palpitante de guitare se résume à être accoudée tantôt à la cheminée (un luxe un peu dangereux pour une guitare) ou au canapé, avec lequel elle se fond un peu... mais son existence de guitare est tristement statique et silencieuse.
Le silence me pèse. Ce silence qui réveille un silence ancien; je suis un bébé dans une pièce nue où nous sommes loin de tout, loin de tous, et loin de nous-mêmes... Il y un ailleurs lointain, qui m'est étranger, mais qui rend l'ici fade et chargé de regrets, et qui ne vit qu'au travers des souvenirs de mes parents et frère et soeurs... Cet ailleurs, je n'y ai pas accès...Je suis étrangère d'une terre qui, elle aussi, m'est étrangère.
Je cherche sur youtube le tutorial d'une chanson: ce sera Silvio Rodriguez.
Cette fois-ci je ne lâcherai pas. Je ne renverrai pas la guitare à son sommeil avant d'avoir pu au moins chanter, même sans arpèges, même avec des brames infâmes complètement indignes d'une guitare, la chanson "Oleo de mujer"...
C'est que, j'en ai la vague sensation, la chanson et la guitare ne sont pas juste chanson et guitare...
J'ai l'impression que ces quelques cordes, bien pincées et entrelacées sont celles qui pourraient retisser tout ce monde perdu... noyé de lumière, de chants d'oiseaux, de mes grands-parents qui le peupleraient encore, de cette terre amie où mes parents étaient eux-mêmes et respectés... où les fruits se déployaient en une arborescence de couleurs sous le palais.
Je fais sonner la guitare. Je lui saisis le manche avec une telle envie que je lui tords le cou... Naturellement, elle riposte et jacasse en se débattant. Ahhh tu veux fuir! Non non non. Reste ici. Laisse moi-réessayer. J'en ai tant besoin! Le son ne me transporte nulle part. Pas d'évasion. Je suis bien là, avec cette guitare qui, le ventre ouvert, attend. Le duel continue. Je tords mes doigts. J'appuie de toutes mes forces sur le manche avec des positions d’arthritique, et là, je réentends des gens me dire: "ne t'inquiètes pas, tout le monde sait jouer de la guitare, ce n'est même pas un instrument, tu plaques quelques accords, et tu peux t'accompagner". Que ceux qui se reconnaissent aillent se cacher.
J'ai mal aux doigts. Il faut mémoriser les cases, les positions, première douleur. Et puis, j'ai conscience que mes doigts, sous ma peau, sont le prolongement d'un squelette, je me rends compte que j'ai des tendons, aussi. Des choses limitantes en somme...
La vidéo de ma chanson fait 8 minutes 36. Gosh!!. Mais j'ai de la chance. Le professeur parle pendant une minute, minute pendant laquelle il ne joue pas. Après, c'est le déluge: un déluge d'accords. Chaque accord correspond à une petite torture bien particulière.
Quand j'ai de la chance, un accord dure une seconde. En fait une seconde c'est long, ça fait réellement avancer le temps. Si je puis m'exprimer ainsi... Enfin, avec un accord d'une seconde, j'ai l'impression de rentabiliser ma torture... Elle dure un certain temps... je pourrai y caser quelques syllabes... Parce que passé un moment, j'ai vraiment l'impression d'être Noé sous le déluge: il y a deux, voire trois accords par seconde. Et beaucoup, beaucoup de secondes... (autant qu'il en faut pour faire les 7 minutes et 36 secondes restantes de vidéo!!). Je dois m'armer d'un courage biblique pour ne pas abandonner là l'aventure qui doit me permettre de panser tout ce silence qui a tant pesé.
La guitare attend. Elle m'attend. Elle n'attend que mon courage pour retisser le pont qui me sépare des heures heureuses où Azael, mon grand-père, faisait chanter Aurea, ma grand-mère. Elle est là, elle regorge du bonheur endormi, de cette légèreté où lorsqu'en vacances elle sonnait, mon coeur d'enfant pouvait se déployer. Au sein de ces mélodies où les adultes oubliaient d'être adultes, où tous, dans un même élan, nous entrions dans ce lieu que je n'ai depuis lors, cessé de rechercher. Celui où toute la douleur fond, où tout ce qui pèse s'oublie et où enfin, on s'entend, on s'écoute, on vit, on sourit...
Quelque chose attend. Quelqu'un, quelque chose attend. La guitare? vraiment?
Ou bien... c'est bien moi qui attends si impatiemment qu'une Diana vienne jouer de moi, vienne frotter les cordes et libérer les accords, les images, les danses... Oui, j'ai l'impression d'étouffer du silence, ce même silence qui berçait le parcours des larmes... Assez de cette tare! Assez de cette fidélité au silence qui a fait taire la guitare! Désormais, je serai une symphonie, et de ma guitare sortiront tous les chants qu'on a tus et toutes les danses qu'on a retenues!
p.s. si vous connaissez un bon tutorial youtube pour ce faire, je suis preneuse!
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